Le premier me fait vaguement penser à un poème de Mallarmé d'une beauté inégalable, et je ne résiste pas à l'envie de le retranscrire :
La chair est triste, hélas ! Et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! LÃ -bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots ...
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots !
Bon, je viens un peu de te faire un coup salaud ; à côté de ça, tout autre vers a l'air un peu disgracieux. Il faut dire que Mallarmé, c'est vraiment un Dieu.
Pour en venir au fait ... Hé bien, la poésie est un art infiniment plus difficile que tous les autres réunis, et ce n'est pas peu dire. Jusqu'ici, ce n'est rien que de très banal, comme commentaire, mais je pense que tu auras compris que ... comment le dire de façon courtoise ... tu as encore beaucoup de marge de progrès. Certes, ce n'est pas laid, mais la poésie en mon sens, c'est plus que simplement joli ; il y a des effets qui ne font pas, par ailleurs, très bien. L'anaphore de "partir", dans le premier, par exemple, fait assez puéril, et l'élision "d'main" (non, je n'essaie pas de t'assommer de termes techniques, mais le monde est tellement plus simple lorsqu'on emploie le bon terme au bon endroit

) est assez peu heureuse. Enfin, d'un point de vue strictement grammatical et orthographique, il y a des maladresses qui peuvent difficilement passer pour des licences poétiques. Dans le désordre :
> Finir avec deux « n » dans le premier poème.
> Manque chronique de virgules pour coordonner les phrases. « Le bonheur nous courrons toujours après », par exemple.
> Quelques répétitions involontaires, qui alourdissent le style.
> « Nous en sommes » sans « s », horrible barbarisme !
> Le participe passé du verbe « partir », c?est « parti », pas « partit ».
> « Leur mission aux apôtres » ; « La mission des apôtres » sonne quand même mieux, non ?
> Beaucoup de rimes sont assez pauvres. Dans un premier temps, pas la peine de s?acharner à tout faire rimer ; des vers blancs sont aussi très jolis. Par contre, il n?est pas stupide de commencer dès maintenant à regarder la versification, et à compter les syllabes. L?exercice est un peu fastidieux au départ, mais à terme il est très fructueux ; avec un peu de pratique on peut faire des alexandrins sans même s?en rendre compte.
Enfin, si je pouvais mettre en garde contre quelque chose, ce serait la prétention, et surtout la prétention philosophique. Surtout dans le second ... De façon tout à fait objective, il n?a vraiment de philosophique que le nom, le contenu est quand même assez ... « cliché », en matière de réflexion. Je ne pense pas d?ailleurs que se mettre à vouloir philosopher trop tôt soit vraiment très profitable, cela amène souvent à se prendre au sérieux pour des inepties ; m?enfin, je ne dis pas ça forcément pour toi !
Dans l?espoir de pouvoir lire d?autres productions de ta plume et que mes petites critiques ne t?aient pas irrité,
Amicalement,
Grégoire.